

Le cabaret Grec
Durant trois millénaires, l'Asie Mineure (Turquie) fut la patrie de plusieurs millions de Grecs, communauté culturelle dynamique qui éclata lorsque différents conflits aboutirent en1922 à la «grande catastrophe» d’Asie Mineure : la destruction de Smyrne, la perte de centaine de milliers de vie et un échange de population qui vit l'expulsion de deux millions de Grecs d'Anatolie. De cet exode des grecs d'Asie Mineure résulta la dissolution des communautés, la dispersion des traditions et la naissance d'une nouvelle classe sociale : les réfugiés d'Anatolie. Heureusement, des musiciens acomplis de Smyrne et de Constantinople réussirent à garder vivantes leurs traditions musicales urbaines en apportant leurs cosmopolites talents en Grèce continentale. Arrangeurs, compositeurs et interprètes, ils devinrent l'influence dominante dans l'industrie du disque en Grèce, alors en plein essor dans les années 30 et 40, popularisant une musique d'inspiration Anatolienne mêlant les traditions anciennes et nouvelles. Les deux plus importants styles musicaux qui fleurirent durant cet âge d'or de la chanson grecque furent le Smyrneika et le Rebetikaé. Ce répertoire est de nouveau apprécié, porté par la réédition des enregistrements originaux et les spectacles des artistes d'aujourd'hui.
Smyrneika et Rebetika
Le Smyrneika était la chanson traditionnelle du cabaret grec de Smyrne (Izmir), chanson née dans les tavernes d'Anatolie ou «Cafe Aman». Des mélodies complexes (reflétant l'influence musicale des populations Turques, Arméniennes et Juives de Smyrne) étaient supportées par les rythmes sensuels de la danse (tsiftetelli, karsilama), et jouées sur le santouri, outi (oud) clarino (clarinette) et zilia (zils). Les paroles colorées évoquaient les thèmes de l’amour (habituellement non réciproque mais plein d’espoir), de la nostalgie (pour la patrie perdue) et la célébration de la vie par la musique et la danse. Ces chansons demandaient une grande agilité vocale combinée à un sens aigu du spectacle pour les chanteurs – Antonis Dalgas, Roza Eskenazi, Rita Abdzi, Marika Kanaropoulou et d’autres – dont la virtuosité et le sens artistique brillent encore à travers le «hiss» des 78tours qui ont survécus. Le kefi, une émotion passionnée, un état de conscience intense, est considéré comme essentiel pour faire de la musique. Le kefi irrépressible des réfugiés d’Asie Mineure acoucha d’un riche héritage musical, d’une ode à l’indestructible esprit Grec. Comme l’écrivait Roza Eskenazi: «Nous chantions pour le monde entier. Nos chansons étaient authentiques et vraies, pleines de joie, de verve et d’art. »
Le Rebetika était un style «blues», plus abrupte, développé alors que les réfugiés Anatoliens, se retrouvant rejetés et marginalisés, ont combiné leur potentiel musical avec la classe sociale d’Athènes la plus marginale. Initialement il y eut beaucoup de croisements avec le genre Smyrneika, mais ces chansons décrivaient plutôt les dures réalités de la vie passée à tenter d’oublier les revers de fortune par l’alcool, le jeu, les femmes et le hashish. Les musiciens de Smyrne et les chanteurs se joignirent à eux mais firent place bientôt au bouzouki, baglama, guitare et à un style de chant plus rude. Au début ignoré par la bourgeoisie d’Athènes, cette musique gagna éventuellement popularité et respect.
Sofia Bilides (www.sofiabilides.com)
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