Nadal — Noëls traditionnels méditerranéens

Illustration de la pochette par Huguette Lauzé.

Nadal — Noëls traditionnels méditerranéens
FLX 2 3059, ANALEKTA, Fleurs de Lys, 1996

« à lui seul, le calibre des musiciens-chanteurs vous arrache un moment de bonheur. » Le Soleil, Québec

« On assiste à un joyeux mélange festif. C’est comme si la fête entrait dans la maison. …Avec Strada, on est en excellente compagnie. » Le Devoir, Montréal

« Jouez Strada, résonnez musettes!… » Le Journal de Montréal, Montréal

Nadal a été mis en nomination pour un Prix Félix 1997 dans la catégorie « Album classique / soliste et petit ensemble » et pour un Prix Opus 1998 dans la catégorie « Disque de l’année, petite formation ».

Liste des pièces

1 – De matin ai rescountra lou trin (France) 2:40
2 – Nadal tindaire (France) 2:39
3 – Touro-louro-louro! (France) 1:37
4 – Ayios Vasilis (Grèce) 3:23
5 – Oh! gens, qui êtes dans vos maisons (France) 2:49
6 – C’est la Noël! (France) 3:07
7 – Gesù Bambin l’e nato (Italie) 3:07
8 – Quando nascette Ninno / Saltarello (Italie) 2:35
9 – Chut! Chut! Chut! Que l’enfant dòrm (France) 2:39
10 – Sculati-va (Roumanie) 1:34
11 – Sus în poarta raiului (Roumanie) 2:10
12 – Noël nouvelet! (France) 3:59
13 – Veinticinco de diciembre (Espagne) 2:19
14 – En Belén tocan a fuego (Espagne) 3:08
15 – C’estot la veil’ don Noë (France) 3:11
16 – O Tannenbaum / Kommet, ihr Hirten (Allemagne) 3:00
17 – Pastres, pastressas (France) 2:37
18 – Guillô, pran ton tamborin (France) 3:27

Musiciens

Pierre Langevin : Chalumeau, flûtes à bec, cornemuse, chœur des bergers, direction artistique
Pierre Tanguay : Tambour, darabouka, guimbarde, tambour de Béarn, percussion, chœur des bergers
Marc Villemure : Tambura bulgare, bouzouki irlandais, guitare, chœur des bergers
Robert Huard : Voix solo
Guy Ross : Voix solo, oud

Le groupe Strada aime les musiques méditerranéennes, musiques souvent voyageuses et pleines de l’influence du Moyen Âge. C’est en fouillant ce vaste répertoire de musiques de rues et de fêtes que le thème de Noël s’est imposé avec évidence.

Un spectacle, « Le Noël des Santons », futcréé en 1994, puis retouché en 1995, toujours autour de l’histoire de Noël à travers les âges et les pays d’Europe. J’ai vite découvert qu’il existe beaucoup de vieux noëls peu ou pas connus, tant chansons que danses, et que ces musiques sont porteuses d’une histoire immense et d’un plaisir encore plus grand. Plaisir des musiciens qui les interprètent comme s’ils étaient de la fête et plaisir du public qui les découvre et les savoure, cela en raison du fait que ces musiques ont une qualité rare : elles nous touchent profondément.

Ce qui m’a aussi séduit dans ce répertoire qui nous entraîne sur les traces de Noël partout en Europe, et ce surplus de cinq siècles, hormis sa grande beauté, c’est sa façon d’être simple en étant parfois virtuose, sa façon d’être grave en étant joyeux et léger,et surtout sa façon de nous parler des gens. Non pas que les chants archi-connus qu’on entend partout dans les semaines précédant Noël soient dénués de toutes ces qualités, mais ici nous sommes en présence de musiques qui racontent véritablement ce miracle immense, avecles mots des gens humbles, j’allais dire avec une certain rusticité.

Les bergers sont souvent les personnages principaux des chansons populaires, mais les thèmes classiques de l’annonce des anges ou du réveil en pleine nuit sont également communs dans ces chants de Noël apparus vers le XVe siècle, après les hymnes liturgiques de la Nativité au Moyen Âge. Les instruments y prennent ici toute leur importance : un chalumeau (l’ancêtre de la clarinette), une musette ou cornemuse, instruments de prédilection des bergers et des pâtres, nous chantent ces airs sans artifices, rythmés par les tambours à cordes, guimbardes et autres sonnailles. Et que dire de toutes ces musiques du sud de la France : au son du pipeau on sait tout desuite que ces musiques n’étaient pas faites pour les grandes cathédrales sombres et glacées, mais pour des lieux pleins de lumière, de rires et, ma foi, remplis de bonnes odeurs de boustifaille, n’en déplaise à l’Enfant Jésus.

Le contenu de cet enregistrement s’inspire donc grandement du spectacle « Le Noël des Santons ». J’espère que vous aurez autant de plaisir à l’entendre que nous en avons eu à l’interpréter.

Pierre Langevin

1) Noël en occitan. Le mot Noël,dérivé du latin Natalis Die, aurait donné Nadal ouNau en langue d’oc (occitan) puis Nouel, Noë, Noei ou Noéen langue d’oïl (français).

Noël! Noël!

Le mot Noël vient du latin natalis qui signifie « naissance ». Bien que nous ne connaissions pas la date exacte dela naissance du Christ, et bien que la fête de Noël ait déjà été célébrée en janvier, en mars, en avril et même en mai, il semble que ce soit dans une volonté de récupérer d’autres fêtes religieuses et païennes que l’église ait fixé son choix sur le 25 décembre.

En effet, les manifestations païennes entourant le solstice d’hiver (21 décembre) étaient nombreuses dans l’Antiquité, autant chez les Romains et leurs ancêtres, que chez les peuples nordiques. On fêtait les récoltes ou les semailles et le retour du soleil que l’on croyait mort avec les jours les plus courts. Les rituels de la lumière et de la fécondité se sont ainsi trouvés entremêlés, pour une charge symbolique encore plus forte. Saturnales chez les Romains, culte du Yule chez les peuples nordiques, et même culte de Mithra en Perse, ces rituels étaient fortement implantés et l’on comprend bien que l’église ne pouvant les abolir décida de les récupérer. Ce n’est qu’au fil des siècles que la fête a elle-même opéré la fusion des coutumes préexistantes pour donner à Noël cette atmosphère qu’on lui connaît aujourd’hui.

Cette transformation ne s’est pas faite seulement en voyageant à travers les siècles; la fête de Noël a aussi voyagé avec les peuples. De la Finlande au Canada, de la Grèce à l’Italie, chacun y a mis ses propres traditions donnant à Noël un visage à la fois unique et pluriel qui contribue à faire de Noël un synonyme d’espoirs comblés et de réjouissances, une véritable lumière au creux de l’hiver.

Mon beau sapin

Dans certains pays nordiques on accrochait des gerbes de feuillageet de verdure aux fenêtres et aux portes pour empêcher lesesprits maléfiques de la forêt d’entrer dans les maisonslorsque l’hiver arrivait. Au fil des siècles, les gerbes sontdevenues des arbres entiers que l’on planta dans les maisons, desespèces toujours vertes, même en hiver, comme les sapins.Les premiers arbres de Noël décorés etilluminés sont apparus en Alsace il y a environ 350 ans.

Du bœuf à l’âne

Ne cherchez pas de traces du bœuf et de l’âne dans les évangiles, ils n’y sont pas. Ni Jean, ni Matthieu, ni aucun autre évangéliste n’en font mention. Les deux bêtes réchauffant l’Enfant couché sur la paille apparaissent dans des évangiles apocryphes*, écrits au Moyen Âge. Ils deviendront par la suite des figures traditionnelles de nos crèches.

La révolution de la crèche

Saint François D’Assise a eu l’idée d’une Nativité grandeur nature en recréant une crèche vivante à la messe de minuit. Un nouveau rituel était né qui nous rappelait le mystère de la naissance du Christ. De nos jours on retrouve souvent de belles grandes crèches devant les églises, mais on en dispose de plus petites au pied de nos arbres de Noël, auprès des étrennes. Cette tradition vient de la France. En effet, pendant la Révolution française, les sans-culottes** ont interdit la messe de minuit (comme d’autres pratiques religieuses d’ailleurs). Plus de messe, plus de mystère de la Nativité joué par des figurants. Dans le sud de la France, en Provence, on eut alors l’idée de façonner des crèches miniatures en terre et d’y mettre non seulement les figures de l’Enfant, de Marie et de Joseph mais aussi celles des habitants des villages comme le poissonnier, la boulangère et bien d’autres. Les santons étaient nés.

La bûche

Yule log dans les pays anglo-saxons, ceppo en Italie, chuquet en Normandie, la bûche de Noël brûle partout en Europe. Une des plus anciennes descriptions date de 1597 et raconte qu’on fait brûler la plus grosse bûche possible le soir du 24 décembre et que parfois un des membres de la famille y jette du sel ou du vin. On dit souvent que la bûche qui brûle est une continuation de la fête du feu d’Yule des forêts druidiques. Autrefois, on prêtait à la bûche des vertus de divination. On se servait soit des morceaux non brûlés pour éloigner la foudre, soit du charbon répandu aux pieds des arbres pour faire fructifier la récolte. Et comment cette toute puissante bûche s’est-elle transformée en délicieux gâteau? Un autre mystère de Noël…

Le Père Noël ou la Befana

C’est un dessinateur américain, Thomas Nast, qui a réussi l’exploit de fondre en une seule image ces différents personnages : le Weinachtmann allemand, le Saint-Nicolas néerlandais ou français, le Chrischkindl alsacien, le Père Gel russe et le Bappo Natale italien pour en faire le père Noël connu mondialement, homme jovial à la barbe blanche portant un beau costume rouge.

Il existe une figure féminine du père en question, on l’appelle La Befana, qui signifie « épiphanie » en italien. La Befana ressemble à une vieille sorcière toute vêtue de noir. La légende dit qu’elle vivait à Bethléem et qu’un jour trois voyageurs lui demandèrent de se joindre à eux pour porter des cadeaux à un Enfant-roi dont la naissance avait été annoncée par une étoile. Elle refusa, et depuis ce jour elle est condamnée à errer en portant avec elle un sac énorme dans lequel elle ramasse des jouets pour les donner aux enfants du monde entier.

Textes de Dominique Renaud

* Qui n’est pas reconnu par l’église ni admis par le canon biblique.

** Nom que se donnaient les républicains les plus ardents sous la Révolution française.